Capitale verte : une opportunité manquée – 26 juin 2023 (#CMGrenoble)

par | Juin 26, 2023 | Interventions

L’intervention d’Alain Carignon au nom du groupe d’opposition lors du conseil municipal de Grenoble.

Monsieur le Maire,

Le rapport d’évaluation de capitale verte confirme pleinement notre appréciation sur cette opération manquée qui a été une occasion perdue pour Grenoble.

L’épaisseur du rapport est inversement proportionnelle aux résultats et je dois être un des rares à avoir lu les 189 pages.

C’est simple, quand j’observe Lisbonne, je relève que la ville capitale verte a profité de l’opportunité pour obtenir des aides et « investir dans la constitution d’un réseau de 658 capteurs et 80 stations de mesures de la qualité de l’air, des nuisances sonores et des microclimats urbains ».

Que reste-t-il à Grenoble ?

Pourtant, capitale verte était une occasion d’agir, d’obtenir des financements par exemple pour préempter à la Bastille et éviter l’urbanisation du site, pour construire des projets durables avec des financements croisés qui auraient mobilisé les grenoblois.

Et comme l’avait demandé Nicolas Pinel dès le départ au nom de notre groupe, de se fixer des objectifs avec des étapes en les popularisant afin qu’ils soient contrôlés par l’adhésion du plus grand nombre.

Vous avez reconnu vous-même l’échec de la participation citoyenne à l’opération qui s’est déroulée dans l’indifférence généralisée ; le rapport admet que, je cite “l’année capitale verte est passée à côté de beaucoup d’habitants, elle est restée parfois un écho lointain dans lequel ils ne se sont pas sentis impliqués”.

Tant et si bien que vous aviez proposé de payer les employés municipaux en heures supplémentaires pour assister à la cérémonie d’ouverture, avant de l’annuler.

Au lieu de ces résultats, on a eu des trajectoires, des débats, des labels, des discours, des 2040, des usines à gaz à entrées multiples pour initiés, vous n’avez pas su créer un souffle, clarifier et simplifier les enjeux, parce qu’à mon avis cette opération concomitante était liée à votre candidature à la primaire des Verts.

Il s’agissait de porter un discours qui parle à cette clientèle qui adore les discours et pas du tout de faire de cette capitale verte un outil pour faire progresser Grenoble.

Alors derrière, quand il s’agit d’en dresser le bilan, les malheureux rédacteurs rament. Les 18 premières pages du rapport sont du remplissage sur l’historique et ensuite on comprend que le budget a été essentiellement de la communication, des cérémonies et du fonctionnement avec quelques aménagements à la marge qui ont permis notamment les bivouacs à la Bastille, au fond la seule action sympathique et que vous ne maintenez pas dans la durée.

Mais ce qui frappe est que vous ayez choisi de ne rien laisser de concret pour cette année, que vous ayez choisi le tout com’ et que ces millions d’euros déversés aient produit un résultat aussi navrant.

Dans les retombées médias, le Dauphiné, TéléGrenoble, l’essor arrivent en tête et hormis France Inter pour le reste c’est le grand désert.

Je suis désolé de vous dire que pour l’inauguration du Tram il y avait 100 000 personnes dans les rues de Grenoble et tous les médias Français qui en traitaient, Paris Match qui réalisait un supplément.

Et sur les réseaux, Instagram, Twitter, Facebook, Grenoble capitale verte obtient des scores ridicules.

Le rapport, je cite, “déplore le manque d’intérêt des grands médias nationaux pour le titre de capitale verte, estimant que seuls 11 articles du Monde, du Figaro et de Libération évoquent ce titre”.

Mais ça ne vous interroge pas vous-même sur votre stratégie , sur vos choix, sur le côté bureaucratique de votre montage, sur l’absence de lisibilité empêchant de s’identifier à l’opération.

Le rapport reconnaît, je cite, “que l’un des enjeux de l’année capitale verte était de changer l’image de Grenoble à l’extérieur devenue pour les médias le chicago Français”. 

Je précise que l’appellation du “Chicago Français” a été popularisée sur le service public au 20H par France 2 en 2018, soit 4 ans après l’arrivée d’Eric Piolle à la Mairie.  

Mais le rapport sur la capitale verte pointe un homme qu’on attendait pas là… Nicolas Sarkozy. On comprend pourquoi vous avez placé des très proches de la municipalité politiquement et familialement pour diriger tout ça. C’est pas subtil, mais au moins ils font le job.

Pour eux, ce n’est pas parce que vous avez été mauvais – c’est impossible –  en dépensant 4 millions d’euros de com ‘ et cérémonies, mais parce que Nicolas Sarkozy a prononcé un discours à Grenoble 2010 il y a 13 ans à la suite des émeutes, quand les délinquants voulaient interdire à la police de venir arrêter les auteurs du hold up d’uriage à Villeneuve.

Par contre, l’événement dramatique qui laisse des traces indélébiles deux ans plus tard, le 28 septembre 2012, quand Kevin et Sofiane, 21 ans, ont été lynchés à mort par une bande venue de Villeneuve et qui a eu un impact médiatique considérable n’existe pas.

Vous avez une façon impayable d’écrire l’histoire.

Mais le rapport qui reconnaît le désintérêt des médias pour « Capitale Verte » cherche à démontrer laborieusement que “la transition écologique” liée à Grenoble devient un sujet majeur avec un poids de la classe de mots dans la presse nationale à hauteur de 27 %, mais  en faisant disparaître les statistiques sur l’insécurité et en fractionnant en deux les controverses idéologiques sur le burkini à hauteur de 15 % dans les médias et la polémique sur l’islamophobie à partir de l’IEP pour 18 %  soit à eux deux plus que la transition !

Mais outre le « Chicago Français » lancé par France 2, ces statistiques n’ont pas enregistré non plus la demande de suppression des fêtes chrétiennes dans le calendrier, l’effacement d’un seul tweet ravageur et tout d’humilité de 2000 ans d’histoire de la France, qui mériteront une analyse de capitale verte sur les bienfaits pour l’image de Grenoble.

Je prends le pari que ça ne nous fait pas remonter la pente.

Pour le reste, une certaine vacuité et un manque évident d’imagination sont compensés par chiffres de labellisation d’événements. Ainsi, 650 d’entre eux l’ont été. On le sait, la ville était à guichet ouvert sur ce point.

La plupart de ceux qui organisaient quelque chose habituellement venaient demander le label, un peu déçus que ça n’apporte pas d’aide mais ça ne pouvait pas nuire.

Ainsi, parmi les 650 événements que le rapport qualifie de “mobilisation exceptionnelle” figurent par exemple un atelier couture et sensibilisation, une conférence en ligne “Les petits chercheurs”, l’inauguration des nichoirs du passage du marché, etc…

Le coup de pouce vert a été très faible par rapport au budget : seulement 590 000 € principalement dans la culture car les compagnies théâtrales, les associations artistiques et culturelles ont saisi l’opportunité d’un financement de projet.

Peu de communes  – 5 seulement – ont participé, démontrant l’absence d’effet d’entraînement du projet car les 354 défis recensés par l’agence capitale verte ne s’adressaient pas au plus grand nombre. Il n’y avait en effet pas d’événement porteur qui aurait dynamisé, popularisé, simplifié la démarche et donné une porte d’entrée.

De toute façon, nous l’avons dit dès le début, ce titre de capitale verte est assez confidentiel et Eric Piolle l’a surjoué comme le reste et son résultat lui revient en boomerang. Le rapport relève, je cite, « la méconnaissance du titre au sein même de la commission européenne ».

C’est un gadget qui aurait pu être transformé en œuvre utile.

Je voudrais en terminant relever la confirmation qui figure dans le rapport concernant l’objectif de neutralité carbone. Entre 1990 et 2019 ce sont les industries qui ont fait le plus gros effort en passant de 51 % à 33% pour les émissions de gaz à effets de serre tandis que la part du résidentiel due à l’urbanisation est passé de 19 à 25% .

Je vous rappelle que l’un des succès de l’année capitale verte est l’obtention par Grenoble du titre de l’INSEE de première grande ville de France pour les îlots de chaleur dus à l’urbanisation. Vous la poursuivez intensément en supprimant tous les îlots de respiration de la ville, puits d’absorption de carbone.

Vous mettez en danger l’objectif de neutralité carbone.

Sur le long terme, puisque vous évoquez l’année où les enfants nés en 2022 seront adultes, je me demande ce qui demeurera de 2022. L’année capitale verte où Grenoble est devenue la première des grandes villes pour les îlots de chaleur.

Je ne suis pas du tout certain que les générations futures seront reconnaissantes car elles ne vous jugeront pas sur le poids des mots et la longueur de votre rapport, mais sur vos résultats.

Groupe d’opposition
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