Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs,
Au préalable, je tiens à apporter, encore une fois, tout mon soutien aux personnes qui sont venues manifester aujourd’hui devant la mairie, contre ce projet d’aménagement de l’Avenue Jeanne d’Arc et dont aucun n’a, apparemment, été autorisé à entrer dans la salle du Conseil. Vous avez annoncé que vous alliez les recevoir, ailleurs, à un autre moment… d’une part, ils n’étaient pas au courant quand nous les avons rencontrés pendant la suspension de séance, d’autre part, comme des collègues l’ont déjà dit, lorsque la délibération aura été votée. Les excuses que j’ai entendues par un des adjoints pour ne pas aller discuter avec ces personnes est que plusieurs de ces manifestants n’habitaient même pas le quartier. En effet, moi non plus, je n’habite pas le quartier, mais mon pharmacien et mon informaticien sont dans cette rue et je suis donc largement concernée par l’accessibilité et la possibilité de s’y garer. Alors ces excuses sont fallacieuses.
La seule décision que vous pourriez prendre pour calmer le jeu serait de reporter le vote de cette délibération, à une date après laquelle vous aurez enfin pu écouter les arguments des personnes qui représentent une majorité d’habitants du quartier et qui manifestent depuis le début contre ce projet.
Entre parenthèses, je rappelle quand même qu’il vous est arrivé par le passé de recevoir des manifestants pendant le Conseil Municipal. Je trouve dommage que cette fois-ci, cela n’ait pas été le cas. Cela démontre, une fois de plus le manque de considération, pour ne pas dire le mépris que vous manifestez pour les habitants qui n’ont pas le bonheur d’être de votre avis.
Je reviens à ce projet d’aménagement qui a, depuis qu’il a été lancé, provoqué un rejet global de la grosse majorité des habitants du quartier.
Ce projet, qui va coûter 9 Millions d’Euros dont 3 supportés par la ville et 6 par la Métropole, et dont le but est officiellement de réaliser une piste cyclable bidirectionnelle, cache une réalité bien plus inquiétante, car pour y parvenir, il sera nécessaire d’éradiquer une dizaine de grands arbres, qui apportent une fraicheur devenue si rare à Grenoble, mais aussi de supprimer entre 70 et 80 % des 180 places actuelles de stationnement… En fait, le véritable objectif n’est-il pas essentiellement là : supprimer un maximum de places de parking, pour punir les monstres qui osent encore se déplacer en voiture ! J’ai eu la curiosité de regarder combien de places de parking existaient dans la rue Léon Jouhaux, depuis le boulevard Clémenceau jusqu’à la rue André Argouges, c’est-à-dire la rue où arrive l’Avenue Jeanne d’Arc, qui lui est parallèle à quelques dizaines de mètres, et qui est déjà pourvue, elle, de deux pistes cyclables, une de chaque côté de la rue, à quelques dizaines de mètres de l’Avenue Jeanne d’Arc, et bien j’ai compté une dizaine de places de stationnement, y compris les places de livraison. Donc évidemment, pour vous l’Avenue jeanne d’Arc est une mine ! Pouvoir faire disparaître entre 130 et 150 places de parking d’un seul coup, mais quel bonheur !!!
Que les riverains soient en majorité des personnes relativement âgées, parfois avec des difficultés pour se déplacer ne vous dérange pas ! Que les commerçants, très nombreux dans cette avenue, qu’ils soient boulanger, informaticien, garagiste ou pharmacien, s’angoissent à l’idée de perdre les trois quarts de leurs clients qui ne pourront plus se garer vous indiffère ! Je ne parle même pas du marché dont la clientèle va, pour lui aussi, bien au-delà du quartier ! Qu’un cabinet de kiné, qui reçoit des personnes en rééducation se demande comment ses patients vont pouvoir faire pour y accéder, tout cela n’est pas votre problème !
Vous, votre seul objectif est d’éradiquer les voitures de Grenoble et de pouvoir communiquer sur le nombre de kilomètres d’autoroutes à vélos que vous aurez construits !
Le 3 avril dernier, une réunion intitulée « phase 3 de la concertation » réunissait un public nombreux, très majoritairement hostile à ce projet pour lequel ils refusaient qu’on puisse encore parler de concertation, leur avis et leurs propositions n’ayant jamais été entendus au cours des phases 1 et 2 de la dite « concertation » !
Bien sûr que l’avenue Jeanne d’Arc est en mauvais état et qu’elle a besoin d’être rénovée ! Bien sûr que les déplacements doux doivent être favorisés, sans jamais oublier que la marche est le premier mode doux utilisé. Bien sûr que les habitants de ce quartier en sont convaincus ! C’est d’ailleurs pour en parler avec votre majorité qu’ils demandent depuis des mois d’être entendus ! Ils en sont tellement convaincus qu’ils ont un projet alternatif à vous proposer ! Mais il est à parier que ce projet ne vous permettrait sans doute pas de supprimer autant de places de parking, alors à quoi bon les écouter !
Les habitants du quartier ont lancé une pétition qui a déjà obtenu plus de mille signatures, mais ce quartier n’a pas la chance d’avoir des commerçants hyper médiatisés, comme rue de Strasbourg, où vous avez été obligés de reculer devant la mobilisation… Même si ce recul est sans doute pour vous une opportunité de mieux sauter… Mais là n’est pas la question ! Une fois de plus vous démontrez que les Grenoblois et leurs besoins ne vous intéressent pas !
Nous continuerons à soutenir les habitants de l’Abbaye, parce que pour nous l’humanisme est là ! Cependant, il est encore temps pour vous de regarder la réalité en face et de faire preuve d’un minimum d’empathie et d’humanité !