Mesdames et Messieurs,
Je prends la parole non seulement pour exprimer mes doutes sur le projet pour la Chapelle des Pénitents, mais plus globalement pour dénoncer une politique municipale de plus en plus déséquilibrée et déconnectée des besoins réels des Grenoblois, ici en particulier ceux du centre-ville.
La Chapelle des Pénitents est un édifice historique, un bien commun que nous avons le devoir de préserver et de valoriser. Ce n’est pas un bien privé à la disposition d’un petit cercle d’initiés.
Vous avez choisi seuls un projet sans que nous ayons droit à un véritable appel d’offres. Ainsi on ne sait pas pourquoi vous avez écarté les deux autres projets, qui peut-être auraient apporté des idées nouvelles et créatives.
Avec une procédure ouverte, on aurait pu débattre du projet retenu, du risque qui existe de faire de cette chapelle un espace quelque peu élitiste, avec ce projet tourné vers le coworking, le design et l’e-emploi. Soit à peu près toujours les mêmes types d’initiatives, assez redondantes, qui bénéficient à une poignée.
L’absence de transparence qui entoure ce choix n’est pas un fait isolé. Prenons l’exemple de l’Orangerie, un projet confié à une association et qui est resté, hélas, dans les tiroirs pendant près de dix ans, sans la moindre perspective claire, laissant le bâtiment se détériorer. On ne sait pas encore ce que le projet donnera.
Ou l’exemple du projet du Minimistan, qui entre directement en concurrence avec les commerçants et restaurateurs du centre-ville, qui sont eux déjà étranglés par des taxes de redevance de terrasse exorbitantes, des impôts élevés et surtout une fréquentation en chute libre.
Des commerces qui supportent aussi cette politique incohérente des redevances. Comment justifier l’augmentation de la redevance d’occupation du sol pour les places de Gordes et d’Agier, alors que des zones comme la place Victor Hugo bénéficient d’une réduction ? Cela met en péril les petits commerces, qui se voient confrontés à des charges toujours plus lourdes.
Et pendant que l’on attribue ailleurs des bails préférentiels, les vitrines vides s’accumulent dans le centre, pour ne citer qu’un exemple supplémentaire très récent, Terra Délice, un commerce qui a dû fermer ses portes en raison de la baisse dramatique de la fréquentation. Ce n’est évidemment pas un cas isolé, les commerces du centre-ville souffrant des conséquences directes d’une politique municipale de fermeture qui se cumule aux problèmes d’attractivité que vous ne traitez pas.
En fait, c’est une forme de politique de gentrification déguisée que vous entretenez finalement, avec des espaces qui profitent à une poignée pendant que le grand public voit l’offre de commerces et services se restreindre. Vous contribuez à diviser davantage une ville déjà fragilisée par les inégalités économiques et sociales.
Ce manque de transparence sur les critères de sélection des projets renforce également cette impression d’une gestion opaque et partiale. Les élus de l’opposition, tout comme les citoyens, n’ont accès à aucune information sur le processus de sélection. On voit avec vos actes ce qu’il en est réellement de la démocratie locale que vous vantez dans vos discours.
C’est la même chose avec la gestion de notre patrimoine. Il y a le cas de la Maison Gavin, un bien patrimonial vendu à un promoteur privé pour y créer 16 logements assez coûteux et des commerces au rez-de-chaussée. Aujourd’hui le chantier semble d’ailleurs à l’arrêt, ce qui donne au secteur un air délabré dont on se passerait. Là encore, nous aurions pu débattre du devenir de ces lieux, du choix du promoteur, au conseil mais surtout avec les Grenoblois.
Au lieu de redynamiser notre centre-ville, vos projets créent une sorte de distorsion économique et sociale qui pénalise les acteurs locaux, exclut les habitants des quartiers populaires et participe à une forme de gentrification. Il est grand temps de revoir cette politique et de proposer des réellement inclusifs, réellement accessibles à tous, dans un véritable esprit de concertation. Nous aurions aimé une transparence totale sur les conditions du bail et un véritable dialogue avec les Grenoblois. Nous avons besoin d’une vraie ville pour tous, et non pour une poignée d’initiés.